Montréal Campus, Stéphanie Perron - 22 Février 2006
Dignité recyclée
L'exposition Humanidad
Au Nicaragua, comme dans la majorité des pays latino-américains, des milliers de jeunes travaillent pour aider leur famille à ramasser de quoi survivre. Plusieurs enfants se lèvent tôt le matin non pas pour aller à l'école, mais plutôt pour cirer des chaussures, labourer les champs ou vendre de la crème glacée.
C'est pour donner à ces jeunes un moyen de s'exprimer et d'imager leur quotidien que les photographes Patrick Dionne et Miki Gingras sont allés les rencontrer au Nicaragua. « La photo n'est qu'un prétexte pour les amener à développer leur créativité et leur concentration », explique Patrick Dionne, cofondateur de DIASOL, un organisme à but non lucratif qui lutte contre l'uniformisation des cultures. Avec des appareils photo fabriqués à partir de boîtes de conserve, les enfants photographient leur école, les seaux d'eau qu'ils rapportent du ruisseau, leur matériel à cirer les souliers ou leur maman assise sur le bord du trottoir.
Pour fabriquer leur camera obscura, les enfants peignent en noir l'intérieur d'une boîte de conserve, percent un petit trou au fond, y glissent un papier photo et referment le couvercle. Afin d'obtenir leurs clichés, les apprentis photographes n'ont qu'à se placer devant l'appareil et à illustrer leur gagne-pain en restant immobiles pendant 30 secondes. « Comme la durée d'exposition du papier photo est longue, les jeunes travailleurs ont le temps de prendre conscience du travail qu'ils effectuent, mentionne le photographe. Cela les amène à réfléchir sur le rôle qu'ils jouent dans leur communauté. Ils oublient leur réalité quotidienne et redeviennent des enfants. »
Pour la majorité de ces gamins, la fabrication de l'appareil photo était leur toute première activité créative. C'était aussi, pour certains, un premier pas vers un processus d'apprentissage qui pourrait les inciter à fréquenter l'école. « Les ateliers amènent les jeunes à se concentrer et à réfléchir », souligne Patrick Dionne.