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Choq.fm, Caroline L.-Allard - 8 Mars 2006

Souriez, les favellas vous regardent!

Une vingtaine de personnes se sont rassemblées un dimanche midi à l’Écomusée du fier monde, dans le quartier centre-sud à Montréal. Devant leurs yeux, immortalisés à travers le regard des enfants, les fragments d’une culture nicaraguayenne sombrant dans l’oubli. Une boîte de conserve; une photo; un outil de lutte contre l’uniformisation des peuples.

Qu’est-ce que la pauvreté en 2006? « Ce n’est pas l’absence d’objets, c’est l’absence de culture ». Partis en avril 2005 pour trois mois au Nicaragua, Miki Gingras et Patrick Dionne, photographes et fondateurs de l’organisme Diasol, ont voulu donner aux enfants, avec le projet Humanidad, le moyen d’exprimer leur façon de voir leur communauté, leur culture et leur travail. Le tiers des trois millions d’enfants de 18 ans et moins du pays doivent travailler de façon régulière pour fournir à leur famille un revenu supplémentaire. Il est difficile pour ces jeunes de tirer une fierté du travail accompli. C’est devenu pour eux une habitude. Au Nicaragua, le travail prime sur l’éducation. Les cours d’histoire ne faisant plus partie du programme d’éducation de ce pays composé à plus de 50% d’enfants de moins de 15 ans, et dont la population adulte a été décimée par près de trente ans de guerre civile, il est ici question, pour Miki Gingras, d’un véritable génocide culturel.

La photographie devient donc un prétexte pour entrer en contact avec ces jeunes, afin qu’ils s’identifient à autre chose qu’à leur idéalisation de la culture nord-américaine. Ils participent à l’atelier de la première à la dernière étape de création. Sur le principe de base des premiers appareils photo, les enfants fabriquent une camera obscura à l’aide de boîtes de conserve recyclées. Ils vont ensuite à la recherche d’éléments à photographier qui, croient-ils, représentent bien leur monde : le travail dans les champs, les marchands ambulants, une bicyclette, un pied usé par la marche. Puis, leur démarche artistique prend fin avec l’écriture. Chaque enfant est amené à exprimer une réalité de sa vie quotidienne. Le texte est aussi exposé, intégral, anonyme. Des mots touchants, durs parfois : l’amour d’une mère, le décès d’un père en exil, une histoire d’inceste. Une liberté totale est donnée aux 250 jeunes impliqués, dont certains marchaient de deux à cinq heures, matin et soir, pour participer à l’atelier.

La camera obscura demande un temps de pose d’environ 30 secondes. Difficile de rester immobile lorsque l’on a toute l’énergie de l’enfance en soi! Résultat : des visages flous, comme si le choix du médium était fait pour rendre des photos sur lesquelles le sujet s’efface derrière le résultat de son travail. Démarche artistique planifié ou résultat inespéré? « Ce n’est un souci ni d’anonymat ni d’esthétisme » nous répond Miki Gingras. Par contre, en utilisant ce médium et en voulant faire en sorte que les jeunes puissent construire leur propre caméra, le résultat sert bien la mission du projet : « on ne veut pas se concentrer sur la personne, sur le sujet, mais sur une situation vécue par tous ».

Ce projet en est un d’éducation et de motivation, et il roule sa bosse à travers l’Amérique latine depuis quelques années déjà. Certaines écoles du quartier Centre-Sud de Montréal ont déjà eu l’occasion d’expérimenter la photographie avec Miki et Patrick. Ceux-ci espèrent d’ailleurs adapter le projet aux adultes en transportant leur atelier mobile chez les travailleurs du journal L’Itinéraire. D’ici là, ils retourneront au Nicaragua cet été faire un suivi auprès des jeunes participant et clore ainsi leur projet.

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